13/09/2012

Le chômage de 2013 et après

Tel un zéphir rassurant, un vent court la capitale : 2013 serait l’année du chômage croissant mais 2014 serait fort heureusement l’année de sa décrue. Hors considération politique, il est évidemment opportun de tester cette prévision à valeur d’affirmation pour certain.

Flickr Dominique Pipet

Tout d’abord, l’ensemble des experts ( OCDE, Rexecode, Bipe, OFCE ) sont réunis autour d’un consensus : lorsque la croissance annuelle du Pib français est inférieure à 2,5%, l’économie est récessive d’emplois.

Dès lors que l’année 2011 a été marquée par une croissance de 1,7%, on comprend mieux la hausse du chômage actuellement en phase d’accélération.

Sur un strict plan conjoncturel, 2012 aura permis d’enregistrer une croissance de 0,3% ( sauf évènement positif ou négatif en Q4 ) ce qui augure de la force de la vague des destructions d’emplois à venir.

Pour notre part, nous revendiquons – à regret au plan humain - une hausse du chômage affectant 350.000 personnes sur la période septembre 2012-septembre 2013.

En effet, il serait illusoire de rester calfeutré à l’intérieur de notre hexagone. Nos partenaires sont pour la plupart en récession ( Espagne, Italie et bien entendu Grèce )  mais les derniers éléments connus attestent également d’un net ralentissement en Allemagne.

Autant dire que notre pays n’aura guère à escompter d’une croissance exogène issue de nos principaux partenaires et que le volet conjoncturel du sous-emploi sera important.

D’autant plus important en 2013 et aussi en 2014 que les prévisions de croissance pour l’année à venir ( 2013) sont nulles ( clubs des experts BFMTV ) voire négatives ( autres sources d’origine bancaire ) ce qui correspond mécaniquement à plusieurs centaines de milliers d’emplois.

A la lumière du seul chômage conjoncturel corrélé au taux de croissance, il nous semble – dès ce jour – très hasardeux de planifier l’année 2014 comme celle d’un recul du chômage.

Notre pays est classiquement victime du chômage conjoncturel mais est aussi marqué par une forte propension pour le chômage frictionnel : autrement dit, même en-dehors de question de niveau de croissance, le chômage d’adaptation – dit frictionnel – lié à la période entre deux emplois est plus longue en France que dans bien des pays européens notamment l’Allemagne ou le Royaume-Uni sans parler des pays d’Europe du Nord qui ont réussi à trouver un consensus social autour de la notion de flexisécurité.

Cette vigueur du chômage frictionnel a un coût social et humain que l’on ne saurait taire mais elle a un coût financier collectif : durée de l’indemnisation, fins de droits et RSA.

Si l’on pose pour raisonnement que la crise débutée en 2008 aura généré près d’un million de chômeurs, on mesure l’importance d’un plan de bataille contre le chômage frictionnel. Or, toutes majorités confondues, on ne trouve trace d’une grande ambition en la matière mise à part le mot fourre-tout : réforme du marché du travail.

Si 2013 s’annonce difficile, cela veut dire qu’elle va générer un phénomène économique complexe mais parfaitement avéré depuis les travaux d’Edmond Malinvaud, ancien Directeur général de l’INSEE. Ainsi, ce chômage conjoncturel brutal va induire des anticipations négatives de demande par les entrepreneurs qui seront d’autant moins enclins à investir, donc à accroître leurs capacités de production et partant leur niveau d’embauche.

Ce qu’il faut sérieusement redouter en 2013, c’est un chômage conjoncturel ( national et continental ), un chômage frictionnel ( spécificité hexagonale ) et un chômage keynésien alimenté par les deux précédents.

De surcroît, on ne nier l’existence d’un chômage décrit – il y a déjà bien des années par Alfred Sauvy et Raymond Aron – et issu du progrès technologique.

Pour recourir à une phrase simple : jamais l’homme n’a su produire autant de biens et de services avec aussi peu d’hommes et de femmes. Cette modification de la fonction de production ‘ substitution capital-travail ) continue – voire s’accélère – pendant la crise ce qui alimente à nouveau le chômage total.

On peut tabler sur le fait que certaines entreprises, en 2013, saisiront l’opportunité du vrai trou d’air conjoncturel pour faire avancer des projets concrets à intensité capitalistique ( et au détriment du facteur travail ).

Là encore, du fait du temps requis entre la décision de principe et la « sortie » du salarié, nous estimons que ceci impactera les chiffres du chômage de 2014.

N’ayant nul intérêt masqué d’aucune sorte à poser ce diagnostic, nous sommes bien dans l’obligation de rester pantois face à certains discours récents car le zéphyr va se faire mistral.. Puisse 2014 marquer le reflux du sous-emploi : nous n’y adhérons pas.

Nous sommes de plus en plus dans une société chrématistique où l’argent étant boussole, tant certains chômeurs ( théorie du job search ) que certains employeurs indélicats vont jouer avec les systèmes d’aides publique : à la marge, certes, mais sur une frange de plus de 3 millions de citoyens, cela représente nécessairement une somme à mettre en parallèle avec le développement croissant de l’économie souterraine.

 

http://www.lyc-arsonval-brive.ac-limoges.fr/secosoc/breve.php3?id_breve=221

http://abonnes.lemonde.fr/economie/article/2012/09/10/la-banque-de-france-confirme-sa-prevision-de-recul-de-l-economie-au-3e-trimestre_1757795_3234.html

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