30/08/2012

La C.N.I.L face à une probabilité de QPC : où se dira le droit ?

Un domaine intéressant les libertés publiques, à savoir le délicat sujet des lignes d'alerte professionnelle ( " whistleblowing " ), pourrait bien prendre une dimension judiciaire complexe par le recours à la procédure de QPC ( Question prioritaire de Constitutionnalité ). Qui dira alors le droit ?

Les lignes d'alerte professionnelle correspondent à la notion anglo-saxonne de " whistleblowing " qui donne à un salarié le droit ( et parfois le devoir ) de prévenir son entreprise, de manière anonyme, d'un risque de fraude ( comptable, environnementale, etc ) qu'il a détectée. La frontière est mince entre la légitime révélation d'un délit et la délation. Alors ce système de " lançeur d'alerte ": péril manifeste ou bienfait certain ?

Les  grandes  entreprises  françaises  - tout  autant  que  les  firmes  multinationales  étrangères  opérant  dans  notre  pays  -  désireuses  d'êtres  admises  à  la  cotation  aux  Etats-Unis  sont  confrontées  à  la  nécessité  de  respecter  les  dispositions  de  la  Loi  Sarbanes – Oxley  votée  en  2002.

Dans  la  mesure  où  ce  dispositif  législatif  puissant  impose  d'établir –  par  la  lettre  de  son  article  " Section 301 " - des  procédures  de  traitement  des  informations  pour  tout  comité  d'audit,  on  en  déduit  mécaniquement  que  la  C.N.I.L  avait vocation  à  émettre  une  recommandation  concernant  " la  réception,  la  conservation  et  le  traitement  des  réclamations  reçues  par  l'émetteur " ( § A  de  la  section 301 )  tant  il  est  hautement  probable  que  tout  ceci  se  fera  essentiellement  sous  forme  électronique  et  informatisée.

Parallèlement,  la  délibération  N° 2005 – 110  du  26  mai  2005  de  la  C.N.I.L  rapporte  d'ores  et  déjà  " sa  réserve  de  principe "  au  regard  de  tout  type  de  dispositif  qui  pourrait -  intentionnellement  ou  progressivement -  s'apparenter  à  un  " système  organisé  de  délation  professionnelle ".

Si  l'on  songe  -  de  surcroît -  aux  questions  liées  au  droit  à  l'information  des  travailleurs  tel  qu'il  est  institué  dans  notre  pays,  on  aboutit  à  un  schéma  où  l'entreprise  est  confrontée  à  de  telles  divergences  de  fondements  législatifs  trans-nationaux  qu'elle  ne  peut  que  finir  par  mener  des  pratiques  illégales  selon  le  mode  dominant  de  solution  opératoire  qu'elle  aura  retenu.

Tout d'abord, un point d'histoire financière : du  fait  de  graves  malversations  comptables  et  financières,  la  Société  ENRON  a  été  conduite  à  la  faillite et a conduit à la chute de l'emblématique ARTHUR ANDERSEN.

Face  à  d'autres  cas  de  type  WORLDCOM, ( etc ),  le  Législateur  nord-américain  a  voté  le  Sarbanes – Oxley  Act  ( SOA )  en  date  du  29  Août  2002  soit  11  mois  avant  la  Loi  française  dite  de  " sécurité  financière "  ( N° 2003 – 706  du  1er  Août  2003 ) vigoureusement défendue en Commission des Lois par le trop souvent raillé Pascal CLEMENT ( qui devait devenir Garde des Sceaux ).

La  dynamique  législative  a  donc  eu  pour  origine  causale  des  situations  de  détresse  humaine  ( épargnants  spoliés ;  salariés  licenciés ;  salariés – actionnaires  ruinés ;  fournisseurs  plaçés  en  déconfiture ;  etc )  et  elle  a  abouti  à  quatre  grandes  zones  de  modifications :

- Accroissement  des  responsabilités  des  Dirigeants  " qui  signent  le  bilan " ;

- Qualité  accrue  de  la  communication  financière ;

- Renforcement  du  contrôle  de  la  profession  comptable  avec  notamment  la  création  du  PCAOB  ( Public  Company  Accounting  Oversight  Board )  chargé  de  définir  les  normes  professionnelles  relatives  aux  prestations  d'audit  et  de  certification  pour  les  entreprises  soumises  au  contrôle  de  la  SEC  ( Securities  and  Exchange  Commission ) ;  En France, création du H3C en superviseur des activités des commissaires aux comptes  ( contrôles qualité ).

- Développement  du  rôle  des  comités  d'audit  dans  le  processus  de  contrôle  des  états  financiers  et  des  procédures  comptables.

La  création  du  comité  d'audit  est  obligatoire.

Il  devient  notamment  la  structure  qui  choisit  l'auditeur  et  sa  rémunération, et  doit  superviser  ses  travaux.

 

La  dynamique  opérationnelle  va  toutefois bien  au-delà  du  chiffre :

A  lire  un  certain  nombre  de  documents  aux  dénominations  variées  " guide  de  bonnes  pratiques ",  " chartes  éthiques ",  " règles  déontologiques ",  " code  de  bonne  conduite ", etc,  on  ne  peut  qu'observer  que  le  chiffre  a  été  dépassé  par  d'autres  préoccupations -  au  demeurant  fort  respectables -  telles  que  la  santé  au  travail,  l'environnement,  le  développement  durable,  la  propriété  industrielle.  Etc.

A  titre  d'illustration  de  cette  extension  de  finalités,  on peut citer dans  la  présente  contribution  deux  documents  ALCAN  ( Acquéreur  de  PECHINEY ) :

- " Code  de  conduite  mondial  des  employés  et  de  l'entreprise  ALCAN ".

- " Code  d'éthique  des  dirigeants  financiers  supérieurs ".

Pour  ne  pas  alourdir  l'énonçé  de  ces  codes  mais  apporter  la  preuve  de  leur  caractère  significatif,  il  suffit  de  se  reporter  au  jugement  du  17  Juin  2004  rendu  par  le  TGI  de  Versailles  et  de  constater  que  la  Société  concernée   (  en  l'occurrence  SCHINDLER )  avait  établi  un  " code  d'éthique "  qui  allait  jusqu'à  imposer  que  les  salariés  informent  le  directeur  des  ressources  humaines  de  toute  situation  dans  laquelle  son  conjoint  ou  un  membre  de  sa  famille  serait  impliqué.

Le  contenu  des  chartes  éthiques est  donc  à  vocation  universaliste  quant  au  fond  et  universelle  quant  à  leur  portée  géographique  dans  le  cas  des  firmes  multinationales. Celà ne peut qu'interpeller deux authentiques défenseurs des Libertés publiques : le Sénateur Gaëtan GORCE et la Présidente de la C.N.I.L, Madame FALQUE-PIERROTIN.

Autrement  dit,  à  partir  d'un  " scandale "  ENRON  initialisé  par  des  dirigeants  pour  le  moins  cupides  et  brouillés  avec  la  Loi  et  l'Honneur,  on  aboutit  à  ce  que  le  facteur  travail   soit  confronté  aux  besoins  des  entreprises  avec  un  degré  de  violence  latente  qui  est  clair.

 

Le  besoin  des  entreprises  est  pourtant  réel :

Les  Dirigeants  sont  responsables  de  la  protection  des  actifs  et  de  la  continuité  d'exploitation (  qui  est  évidemment  plus  aléatoire ).

A  ce  titre,  les  syndromes  de  la  " stagiaire  chinoise "  trop  curieuse  ( VALEO  et  protection  du  know-how ; Mission  d'intelligence  économique  confiée  à  M.  Alain  JUILHET  auprès  des  Services  du  Premier  Ministre ),  du  sous-traitant  peu  précautionneux  ( Usine  AZF  et  protection  physique  des  actifs ),  des  commerciaux  zappeurs  ( protection  des  fichiers clients ),  des  collaborateurs  efficaces  au  point  que  leur  zèle  soient  répréhensibles  (  Lyonnaise  des  eaux  et  corruption :  Affaire  de  Grenoble ), etc  sont  autant  d'éléments  factuels  qui  militent  pour  la  reconnaissance  du  besoin  des  entreprises.

Le  besoin  étant  établi  et  admissible,  il  faut -  selon  nous -  émettre  l'hypothèse  qu'il  appartient  de  surcroît  au  Principe  de  la  liberté  du  commerce  et  de  l'industrie et qu'il relève de la lucidité.

 

La lucidité boursière :

En matière boursière, il faut être lucide : l'attractivité de la Place de Paris en dépend.

Clairement, l'A.M.F le sait.

" Les  évolutions  mondiales  ne  sont  pas  moins  importantes,  d'autant  qu'elles  sont  fortement  influencées  par  les  choix  adoptés  aux  Etats-Unis  et  que  la  vie  de  nos  marchés  est  particulièrement  sensible  à  ces  choix ".

Revue  mensuelle  de  l'A.M.F – N° 12 – Mars 2005 – Page 4.

Déclaration  de  M.  Gérard  RAMEIX, 

Secrétaire  Général  de  l'A.M.F  lors  de  la  5ème journée  d'information 

des  RCSI /  Déontologues.

Dans  le  contexte  rapporté  ci-dessus,  il  nous  apparaît  que  le  risque  de  sédimentation  des  différentes  normes  applicables  est  avéré  tant  par  la  multiplicité  des  sources  de  droit  que  par  le  calendrier  de  travail  non  homogène  des  hautes  Instances  considérées.

A.M.F ;  C.N.I.L ;  Jurisprudences  commerciales ;  Jurisprudences  liées  au  droit  du  travail ;  Commission  bancaire  ( TRACFIN ) ;  Projet  de  textes  européens ;

Haut-Conseil  du  Commissariat  aux  Comptes  ( H3C ) ; etc.

 

La  charte  éthique  à  usage  interne  et  but  financier  externe :

Pour  des  motifs  de  sécurisation  de  ses  actifs  (  lutte  contre  le  pillage  des  process  de  production,  risque  d'abus  de  biens  sociaux  en  complicité  avec  des  salariés  indélicats  au  sein  des  cellules  comptables,  etc ),  les  entreprises  vont  très  vraisemblablement  recourir  fréquemment  à  l'énonçé  de  chartes  éthiques  à  usage  interne.  De  type  managérial  comme  celle  d'ALCAN,  par  exemple.

Nous  estimons  que  cette  tendance  concernera  ( affectera ? )  bien  des  sociétés  et  que  d'ici  un  délai  de  3  ans,  nombre  de  P.M.E  non  cotées  y  auront  recours.

Au  demeurant,  il  est  probable  que  ces  chartes  éthiques  seront  utilisées  à  des  fins  commerciales  un  peu  à  l'image  des  certifications  ISO  qui  " rassurent "  le  donneur  d'ordres  dans  un  contexte  où  la  sous-traitance  continue  de  progresser  parallèlement  aux  techniques  d'externalisation  dont  les  grands  Groupes  sont  actuellement  friands.

Bien  entendu,  compte-tenu  de  l'importance  pour  ces  Groupes  de  la  communication  financière  (  imposée  par  les  Autorités  de  régulation  boursière  ou  par  la  quête  d'attractivité :  road-shows ),  ces  chartes  éthiques  auront  une  fonction,  un  but  financier  externe.

Là  encore,  l'accord  de  place  raisonne  autour  de  l'idée  que  ceci  ne  visera  que  les  firmes  cotées. 

Qui  peut – être  certain  qu'un  banquier -  sous  un  délai  indéterminé -  ne  conditionnera  pas  certains  de  ses  soutiens  à  l'existence  opérationnelle  d'une  charte  éthique  dans  une  " belle "  P.M.E  à  capital  fermé ? 

Précisément  ces  P.M.E  où  un  comité  d'audit  à  majorité  " familiale "  ne  paraitra  pas  suffisant  en  termes  de  transparence  financière…

Souvenons  du  temps  pas  si  lointain  où  un  prêt  bancaire  pouvait  être  conditionné  au  passage  de  S.A.R.L  en  S.A  afin  que  l'entité  soit  dotée  d'un  CAC.

 

La  charte  éthique  de  plein  exercice :

La  charte  éthique  de  plein  exercice  est  celle  qui  est  composée  de  quatre  dimensions  distinctes :

Charte  à  usage  interne  de  type  managérial ;

Charte  à  but  financier  ( voire  commercial )  externe ;

Charte  à  usage  interne  de  type  patrimonial ;

Charte  à  usage  externe  complet.

Les  deux  premiers  types  de  chartes  ont  fait  l'objet  de  l'expression  de  notre  opinion :  elles  concernent  un  volume  beaucoup  plus  important  que  projeté  de  la  population  active.

D'autant  que  les  Top-executive  managers  ( déjà  décrits  par  J K GALBRAITH )  auront  beau  jeu  d'organiser  des  délégations  de  pouvoirs :  voir  ALCAN  et  le  code  destiné  aux  " dirigeants  financiers  supérieurs ". 

Le  troisième  type  de  charte,  de  type  patrimonial,  reçoit  des  degrés  d'application  variés.  Or,  il  convient  de  garder  à  l'esprit que  la  société  ENRON  était  parfaitement  outillée,  y  compris  en  matière  d'audit  interne  et  de  transparence  vis  à  vis  des  actionnaires.

L'outillage  de  façade  ne  garantit  donc  pas  la  réalité  des  finalités.

Pour  être  plus  explicite,  le  dispositif  juridique  formel  ne  garantira  jamais  une  propension  des  responsables  à  le  fraiser,  à  le  polir  jusqu'à  ce  qu'il  soit  pleinement  ajusté  à  leurs  hiérarchies  des  priorités,  fûssent-elles  inavouables  et  incompatibles  avec  la  continuité  d'exploitation  de  la  firme.

La  charte  de  type  patrimonial  sera  celle  qui  garantira,  par  exemple,  la  loyauté  des  managers  dans  leur  négociations  avec  les  banques  dans  une  société  comme  EUROTUNNEL.  Ainsi,  si  l'on  cherche  l'efficacité,  il  faudra  bien  envisager  des  rapports  spécifiques  circonstanciés  du  comité  d'audit  à  l'Assemblée  générale.

Quid  du  reporting  fait  sur  la  base  du  " whistleblowing " ?

S'agissant  du  dernier  type  de  charte  éthique,  il  s'agira  de  celui  qui  sera  à  usage  externe  complet. 

Autrement  dit,  celui  qui  permettra  à  tout  salarié  de  signaler  un  process  déviant  ( volet  interne )  et  d'informer  des  tiers  à  la  Société  ( volet  externe )  tels  que  des  Autorités  administratives  indépendantes  ou  des  Administrations.

Sur  ce  sujet,  il  convient  de  se  rapporter  à  la  lecture  de  la  Charte  WAVECOM  reproduite  en  page  64  du  Rapport  ELIET /  Cercle  Ethique  des  Affaires.

" Bien  que  WAVECOM  soit  dotée  d'organes  internes  propres  à  assurer  le  respect  des  principes  énoncés  dans  le  présent  Code,  rien  dans  ce  code  n'interdit  à  un  collaborateur  de  reporter  à  toute  autorité  extérieure  toute  violation  d'une  loi  ou  d'un  règlement …/… ".

Gageons  que  les  entreprises  et  leurs  Conseils  d'administration  inscriront  leur  charte  au  sein  de  notre  esquisse  de  typologie. 

Le  souci  de  transparence  étant  à  géométrie  variable  tel  un  curseur  plaçé  entre  des  mains  expertes.  ( Asymétrie  d'information ).

Gageons  surtout  que  le  dernier  type  de  charte  sera  peut-être  affiché  mais  qu'il  sera  de  portée  limitée  par  un  système  d'auto-censure  du  salarié  ou  par  sa  crainte  de  mise  en  responsabilité  personnelle  à  l'issue  de  l'enquête.

Au  demeurant,  gardons  à  l'esprit  la  rédaction  de  l'article  L 225 – 240  du  Code  de  Commerce  qui  énonçe  qu'en  cas  de  révélation  de  faits  délictueux  par  le  commissaire  aux  comptes  au  procureur  de  la  République,  ceci  se  fait  " sans  que  leur  responsabilité  puisse  être  engagée  par  cette  révélation ".

Le  Législateur  de  1966  n'a  jamais  été  démenti  dans  cette  rédaction  opportune.

On  ne  saurait  tabler  sur  son  existence  (  au  bénéfice  du  salarié  auteur  du  signalement )  dans  les  chartes  éthiques  à  quelques  rares  exceptions  près  toujours  intellectuellement  concevables.

 

La  multiplicité  des  parties  prenantes  risque  d'altérer  la  lucidité requise :

Semblables  à  des  brochures  d'agences  de  voyages  vantant  des  destinations  lointaines,  certaines  chartes  éthiques -  éditées  à  grands  frais -  ne  sauraient  être  neutres  au  plan  des  relations  sociales.

" Au  contrat,  le  salarié  met  à  la  disposition  de  l'employeur  sa  force  de  travail,  mais  non  sa  personne ".  

Cette   phrase  du  Professeur  Jean  RIVERO  ( " Les  libertés  publiques  dans  l'entreprise ", Droit  social  1982,  page 423 )  nous  semble  fixer  le  cap.

Est-on  certain  que  sa  philosophie  sous-jaçente  soit  unanimement  présente  à  l'esprit  des  parties  prenantes ?

Est-on  certain  que  les  Directions  financières  soucieuses  de  lever  des  capitaux  sur  la  place  de  New-York  aient  à  l'esprit  les  dispositions  de  l'article  L 120 – 2  du  Code  du  Travail  que  je  ne  me  lasse  pas  de  relire :

" Nul  ne  peut  apporter  aux  droits  des  personnes  et  aux  libertés  individuelles  et  collectives  de  restrictions  qui  ne  seraient  pas  justifiées  par  la  nature  de  la  tâche  à  accomplir  ni  proportionnées  au  but  recherché ".

Les  divergences  d'intérêts  et  de  formation  originelle  des  acteurs  en  présence  ne  manquera  pas  d'altérer  leurs  capacités  de  lucidité et les conditions matérielles du " whistleblowing ".

En  effet,  prenons  l'hypothèse  d'un  fait  contestable  signalé  par  un  collaborateur  à  son  employeur :  il  y  aura -  éventuellement -  une  course  poursuite  entre  des  délais  normaux  d'enquête  interne  et  la  vitesse  à  laquelle  des  procédures  répréhensibles  peuvent  être  effacées  ou  minorées  au  point  de  devenir  " non  signifiantes "  pour  reprendre  un  terme  d'audit  légal  reconnu  dans  l'exercice  de  la  profession  de  commissaire  aux  comptes.

Ainsi,  le  process  du  signalement  doit  être  dans  une  unité  de  temps  compatible  avec  le  risque  de  destruction  de  preuves : risque  d'autant  plus  avéré  qu'il  a  été  admis  que  le  " mis  en  cause "  par  un  signalement  devait  lui  aussi  être  prévenu  dans  des  délais  brefs  et  raisonnables. ( Article  39  et  droit  d'accès  direct ).

 

Les  chartes  éthiques  et  le  droit  de  la  preuve :

Nous  avons  évoqué  la  course  poursuite,  - à  l'ère  des  réseaux  informatiques -  entre  le  signalement  initial  et  le  risque  de  destruction  de  preuves.

Ce  risque  est  d'autant  plus  net  que  la  Loi  de  1978  donne,  de  facto,  des  droits  à  la  personne  mise  en cause  qui  peuvent  avoir  un  effet  boomerang  sur  la  recherche  de  véracité.

L'article  39,  I. 1° :  droit  d'obtenir  " confirmation  que  des  données  à  caractère  personnel  la  concernant  font  ou  ne  font  pas  l'objet  de  ce  traitement ; " .

L'article 39, I.  2° :  droit  d'obtenir  "  des  informations  relatives  aux  finalités  du  traitement,  aux  catégories  de  données  à  caractère  personnel  traitées  et  aux  destinataires  ou  aux  catégories  de  destinataires  auxquels  les  données  sont  communiquées ; ".

 

Le  caractère  trompeur  du  mot  " alerte " :

Pour  avoir  été  confronté,  à  plusieurs  reprises,  à  des  confusions  entre  la  notion  de  droit  d'alerte  dévolu  au  Comité  d'entreprise  et / ou  au  C.H.S.C.T  ( en  vertu  de  deux  articles  distincts  du  Code  du  travail )  et  la  procédure  d'alerte  imposée  par  les  Textes  au  commissaire  aux  comptes  en  cas  de  risque  affectant  la  continuité  d'exploitation  de  l'entité,  nous  pensons  qu'il  est regrettable et  très  préjudiciable  de  recourir  au  mot  " alerte "   en  guise  de  traduction  du  " whistleblowing ".

A  l'inverse,  le  milieu  industriel  exploite  depuis  longtemps  le   terme  de  signalement :  l'importance  de  ce  dernier  selon  une  échelle  de  risques  généralement  pré-définie  permettant -  selon  les  établissements -  le  droit  de  retrait  pour  machines  dangereuses  ( Article  L 231 – 8 ).

De  même,  le  milieu  ferroviaire  R.A.T.P,  S.N.C.F  est  parfaitement  familier  du  terme  de  " signalement ".  Suivant -  là  encore  des   indices  croissants  de  gravité -  le  signalement  a  tel  ou  tel  type  de  répercussion.

Enfin,  il  ressort  de  la  lecture  de  l'article  L 231 – 8  du  Code  du  Travail  que  le  verbe  " signaler "  est  utilisé  et  que  la  rédaction  de  cet  article  nous  semble,  finalement,  intellectuellement  transposable  à  la  problématique  que  tente  de  cerner  la  présente  contribution.

Rappel  de  l'article  considéré  en  son  seul  paragraphe  UN :

" Le  salarié  signale  immédiatement  à  l'employeur  ou  à  son  représentant  toute  situation  de  travail  dont  il  a  un  motif  raisonnable  de  penser  qu'elle  présente  un  danger  grave  et  imminent  pour  sa  vie  ou  sa  santé,  ainsi  que  toute  défectuosité  qu'il  constate  dans  les  systèmes  de  protection ".

 

Le  pseudo-débat  sur  l'anonymat de l'alerte :

On  peut  soutenir  que  la  notion  d'anonymat  n'est  nullement  défini  en  droit  français. On doit aussi soutenir que la France a connu le temps de la délation comme l'a souvent dénonçé l'ancien Sénateur Michel CHARASSE désormais membre du Conseil Constitutionnel.

On  peut  cependant  garder  à  l'esprit  l'existence  de  l'article  L 341 – 1  du  Code  civil  relatif  à  l'accouchement  " sous X " :

" Lors  de  l'accouchement,  la  mère  peut  demander  que  le  secret  de  son  admission  et  de  son  identité  soit  préservé ".

La  référence  à  cet  article  permet  de  recourir  à  une  notion – clef :  celle  de  l'intérêt  légitime.  Si  le  Législateur  a  souhaité  autoriser  l'anonymat  de  la  mère,  c'est  dans  une  quête  d'intérêt  légitime.

Quant  à  la  Loi  de  1978,  elle  énonçe  en  son  article  7  qu'un  traitement  de  données  à  caractère  personnel  doit  avoir  reçu  le  consentement  de  la  personne  concernée  (  Nota : donc  de  tout  salarié  par  le  biais  de  son  contrat  de  travail ? )  ou  satisfaire  à  l'une  des  conditions  suivantes :

" N° 5  La  réalisation  de  l'intérêt  légitime  poursuivi  par  le  responsable  du  traitement  ou  par  le  destinataire,  sous  réserve  de  ne  pas  méconnaître  l'intérêt  ou  les  droits  et  libertés  fondamentaux  de  la  personne  concernée ".

S'agissant  de  cette  condition,  nous  estimons  qu'elle  renvoie -  du  fait  de  la  fin  de  sa   rédaction -  à  la  notion  de  respect  des  droits  de  l'homme.

Terme  essentiel  puisqu'il  figure  dans :

- la  troisième  phrase  de  l'article  1  de  la  Loi  de  1978 ;

- la  première   phrase  du  Préambule  de  la  Constitution  du  4  Octobre  1958 ;

- la  deuxième  phrase  du  Préambule  de  la  Constitution  du  27  Octobre  1946.

A  l'opposé,  il  convient de  se  rappeler  que  les  dispositions  de  l'article  L 226 – 10  du  Code  Pénal  relatifs  à  la  dénonciation  calomnieuse  trouveraient  une  stricte  application.

Pour  notre  part,  et  après  nos  recherches,  nous  estimons  que  le  texte  fondateur  explicite  est  l'article  11  de  la  Déclaration  des  Droits  de  l'Homme  et  du  Citoyen  du  26  Août  1789 :

" La  libre  communication  des  pensées  et  des  opinions  est  un  des  droits  les  plus  précieux  de  l'homme :  tout  citoyen  peut  donc  parler,  écrire,  imprimer  librement,  sauf  à  répondre  de  l'abus  de  cette  liberté  dans  les  cas  déterminés  par  la  loi ".

Autrement  dit,  le  signalement  fondé  sur  l'anonymat  serait  d'essence  inconstitutionnelle  puisqu'il  ne  permettrait  pas  d'engager  des  poursuites  en  cas  d'abus  de  cette  liberté,  par  exemple  en  cas  établi  de  dénonciation  calomnieuse  mais  alors  dépourvu  d'auteur.

Ayant eu l'honneur de réfléchir avec le regretté Maître Olivier DEBOUZY en 2005 sur ce sujet ( voir Wikipédia : " lançeur d'alerte ", en section 3 ), il nous faut conclure par une conviction et une certitude.

En l'état actuel de l'encadrement législatif et règlementaire du sujet traité ici, nous sommes convaincus qu'une QPC ( Question prioritaire de constitutionnalité : Article 61-1 de la Constitution du 4 Octobre 1958 ) viendra se greffer sur l'objet de cette contribution.

Nous avons la certitude que les débats seront alors vifs au sein de la Puissance publique ( Bercy vs. C.N.I.L notamment, et C.N.I.L vs. Cour de Cassation ) et que les réflexions judiciaires seront complexes à mener.

Qui dira le droit ?  Le Conseil constitutionnel dûment saisi ou la Cour de Cassation ?

L'historien Stanley HOFFMANN a démontré dans ses " Essais sur la France " notre tendance à la complexité.  Cela aussi, il faudrait que le citoyen le chiffre....

D'autant que l'article 71-1 de la Constitution pourrait être concomitamment sollicité.

Juridiquement tant la lettre que l'esprit de l'article précité donne une clef de compétences au Défenseur des droits.

Même les non-juristes ( qui auront résisté à la lecture de cette contribution ) ont compris : un jour, un avocat connu et réputé ou anonyme et consciencieux, va utiliser la Constitution dans cette question des lignes d'alerte professionnelle.

Cela sera complexe et suivi par l'opinion qui craint, si vous me permettez le terme, le flicage au bureau. Il faudra une décision juste et consensuelle.

Or tout magistrat sait que cet exercice est subtil.

 

" Le caractère de l'esprit juste, c'est d'éviter l'erreur en évitant de porter des jugements " CONDILLAC ( in L'art d'écrire ).

Comme aurait dit le Général de Gaulle, fort inspirateur de notre Texte suprême : " vaste programme ! ".

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