Choose your language
30/08/2012

Le supplice chinois stratégique des terres rares :

Les terres rares constituent un groupe d'éléments du tableau périodique ayant des propriétés chimiques voisines. Contrairement à leur appellation, elles ne sont pas si rares mais sont très inégalement réparties. Ainsi, on admet que la Chine détient, à elle seule, plus de 55 % des réserves mondiales mais surtout qu'elle assure plus de 93 % de la production mondiale. Ces métaux étant stratégiques, on perçoit vite la complexité du dossier que la Chine pilote avec finesse et sens de ses intérêts vitaux.

Tout d'abord, que sont exactement les terres rares ?  Ce sont des métaux finalement assez répandus à la surface de notre planète mais difficilement exploitables dans beaucoup de lieux du fait de leur faible concentration.

Ces terres rares sont essentiellement constituées par la bastnäsite et par la monazite ainsi que par le scandium, l'yttrium.

Ces métaux ont une importance stratégique absolue sur laquelle les Etats ne communiquent pas de manière exhaustive afin de ne pas révéler l'état de l'art de certaines recherches cruciales.

Ce qui peut être ici avancé, c'est que les terres rares sont utilisées pour les composants de véhicules hybrides et électriques. Ainsi les batteries utilisent du lanthane tandis que d'autres pièces des moteurs électriques requièrent du samarium, du dysprosium, etc.

Outil-clef du développement de la voiture électrique, les terres rares présentent – selon les types – une propriété importante : elles sont utilisées pour renforcer la résistance à la corrosion à haute température des alliages métalliques ce qui intéresse des secteurs comme l'aviation et l'armement, notamment.

Certaines terres rares servent aussi à piéger l'hydrogène ce qui aura là aussi de futures applications industrielles.

Au plan des réserves, elles se trouvent en Chine ( Mongolie intérieure ), en Russie et aux Etats-Unis.

Pour l'instant, forte activité polluante, l'extraction et le traitement se fait presque-monopolistiquement en Chine étant entendu que celle-ci conserve la moitié de sa production pour ses besoins en haute technologie.

La production chinoise s'est élevée à 145.000 tonnes en 2011 tandis que le deuxième producteur l'Inde peine à dépasser les 3.000 tonnes annuelles.

Ce simple rappel chiffré situe l'ampleur de " price-maker " ( cher à Léon Walras ) qu'est la Chine sur ce marché.  Premier élément du supplice, donc.

Mais à côté du prix, il y a l'offre. Bien évidemment dans un tel type de secteur la loi des débouchés ( la Loi de Say )  est vérifiée : " l'offre crée sa propre demande ".

Dans un secteur sensible, la contraction de l'offre peut se révéler fatale à des programmes de recherche réalisés par d'autres pays ( Japon, Union européenne principalement ).

Nous parvenons ainsi à la deuxième marche du supplice chinois : en 2008, la Chine a annoncé urbi et orbi qu'elle réduisait sa production de terres rares et singulièrement son flux d'exportations.

Après une plainte devant l'OMC déposée par l'Europe, les Etats-Unis et le Mexique, l'Organisation condamne la Chine le 7 Juillet 2011 et lui ordonne de mettre un terme à ses politiques de quotas visant les terres rares.

Fin du supplice ?  Pas tout à fait.  Pas vraiment.

Reprise de la politique chinoise méthodique, la Chine annonce de nouvelles restrictions et le 13 Mars 2012 ( - il y a moins de 3 mois - ) Les Etats-Unis, l'Union européenne et le Japon ont saisi l'OMC ( Organisation mondiale du commerce ) du fait des nouvelles restrictions apportées à l'exportation de 17 terres rares.

Le message chinois est clair : ils ne veulent plus se contenter de gagner de l'argent par le prix de cession des terres rares, ils veulent gagner un avantage concurrentiel technologique certain voire irréversible sur le reste du monde.

On est loin des petites mains du textile chinois, on se trouve sur une marche de la muraille de Chine qui va mener à un supplice pour l'Occident qui ne peut d'évidence laisser les choses en l'état.

Nos mesures de rétorsion étant minces, le supplice risque d'être d'autant plus vif que la Chine met désormais en avant des considérations relevant du droit de l'environnement.

S'il n'y avait les enjeux, cela prêterait à sourire compte-tenu du bilan éco-label de la Chine ( centrales à charbon, industries polluantes, etc ).

Face à ce supplice stratégique dont l'impact touche directement nos capacités d'innovation de demain et d'indépendance militaire d'après-demain, trois grandes pistes fort complexes sont envisagées, notamment par les Etats-Unis et le Japon.

D'une part, lors de l'Eté 2011, une expédition scientifique nipponne a détecté des terres rares sur près de 80 sites dans le Pacifique. Précisément à 3000 voire 6000 mètres de fond dans les eaux internationales.  Les réserves seraient très conséquentes tout comme le coût d'extraction....

D'autre part, d'autres pays pourraient augmenter leurs productions comme le Brésil et l'Afrique du Sud mais les conditions opérationnelles sont complexes.

Enfin, piste plus crédible mais qui suppose d'établir une filière : ce que l'on nomme " l'urban mining ". Autrement dit, la récupération des métaux rares présents dans les produits à recycler.

La crise grecque est présente et durable. La situation des banques espagnoles commencent à marquer l'opinion ( bank run ) et les élites dirigeantes.

Si " gouverner, c'est prévoir " ( comme l'a dit Emile de Girardin ), alors il faut tendre l'oreille vers ce signal faible et continu de la Chine qui a décidé, par les terres rares, de nous mettre en difficulté puis de nous imposer une part de son rythme d'innovations.

Commencé dans la fureur du fracas des Twin towers de Manhattan en 2001, notre siècle se poursuit avec une crise économique sans précédent et avec une montée en puissance de la Chine digne de la verticalité d'un ascenseur.

On peut se dire que tels les arbres du Morvan, les pays ne montent pas jusqu'à toucher le ciel.

On peut aussi relire le " mandat du ciel " ( dynastie Zhou ) qui accorde sa légitimité aux dirigeants chinois vertueux.

Espérons donc que leur vertu ne consistera pas, au nom du ciel, à jouer avec le feu pour la question objectivement stratégique des terres rares.

Related Links

Partner Links