28/08/2012
Olivier Ferrand

Olivier FERRAND

Hommage à Olivier Ferrand

Ce matin, un cœur plein d'entrain a décidé de lâcher prise et d'abandonner un homme de passion et d'intelligence : Olivier Ferrand.

Les habitués de la chaîne info ( Lci ) se souviendront longtemps de sa courtoisie même dans des débats rugueux, de son calme apparent et de ses raisonnements généralement bien étayés. Il était le visage et une des têtes pensantes de Terra Nova le déjà célèbre "think tank " assez proche du Parti socialiste au nom duquel il venait d'être élu député des Bouches du Rhône.

Si la vie avait été autre, il aurait pu devenir le Jacques Attali des années 2015 ou le Gaston Defferre des années 2030 car le virus de la politique élective l'avait manifestement rattrapé. Loyalement, on peut dire qu'il avait été fier de recevoir l'onction du suffrage universel et il part donc au moment où une nouvelle expérience de la gauche au pouvoir commence. Oui, il va manquer à ses camarades pour son charme neuronal et pour sa qualité à faire avancer des idées neuves.

Obsédé par la modernisation des politiques publiques, il n'avait de cesse de réunir des experts de toutes sortes dans "son" think tank. Loin des think tank désolants ( Le Chêne de Madame Alliot-Marie, etc ) ou utilitaristes ( Génération France du prévisible Jean-François Copé ) ou trop confidentiels, il avait su élaborer un outil dont la production demeurera impressionnante et respectable : plus d'une trentaine d'essais diffusés entre 2008 et 2012.

Proche d'Arnaud Montebourg sur bien des sujets, il avait l'habileté – digne de Defferre – de savoir fédérer les autres courants et vents porteurs du Parti socialiste. Fier de la belle expérience démocratique des primaires à l'élection présidentielle de 2012, il était aussi un auteur de livres plus conventionnels notamment sur les Finances publiques. Les initiés auront certainement remarqué quelque filiation avec feu le génial Professeur Pierre Lalumière de l'Université Paris 1 Panthéon Sorbonne.

Car Olivier Ferrand n'était pas qu'un homme de pensées ou de jeune militantisme, il était ce qu'on appelle dans le Morvan ou ailleurs : une grosse tête. Oui, son cursus est aussi linéaire que rapide et imposant : HEC, Sciences Po' Paris, E.N.A puis affectation à la Direction du Trésor. On comprend pourquoi ses contradicteurs sur LCI ou BFM avaient fort à faire pour désarticuler ses raisonnements.

Par l'E.N.A, nous étions donc camarades et je n'étais pas toujours en symbiose avec ses pensées mais je respectais vivement sa rectitude intellectuelle. Parfois, il se trompait mais en pensant droit et sans nuque raide ce qui est une vertu de gentilhomme.

Nous partagions une passion pour l'Europe et étions presque physiquement bouleversés de voir le nationalisme pointer ici ou là son blason maculé de tant de sang car comme l'avait dit avec force au Parlement européen le 17 Janvier 1995 François Mitterrand : " le nationalisme, c'est la guerre ".

La France a perdu ce jour un leader en devenir qui voulait changer les choses et se moquait des hochets du pouvoir. Je songe à sa famille et à ses camarades qui doivent être dans la peine, je songe aussi à la notion juridique développée par la Cour de Cassation : " la perte de chance ". Notre Nation en a été victime tout comme l'enveloppe charnelle de ce camarade d'exception.

Ministre, Maire de Marseille, Commissaire européen, Président d'institutions prestigieuses : la route était là avec quelques vieilles marches à franchir dignes de celles majestueuses de la Muraille de Chine.

Au lieu de cela, c'est une autre muraille qu'Olivier a franchie et nous souhaitons imaginer que son esprit brillant discute déjà avec Charles Hernu pour se détendre et avec Primo Levi pour comprendre. Toujours comprendre.

La force d'Olivier était celle d'un gentilhomme capable de parler rustique et de penser complexe : ils ne sont pas si nombreux dans notre France.

Et puis, à titre de respectueux clin d'œil à notre camarade, il n'est pas absurde de conclure par cette phrase d'Edouard Herriot : " Il est malin ce Pinay, il s'est même fait une tête d'électeur ".

Là où Olivier aurait été un ténor dangereux pour certains à l'Assemblée Nationale, c'est qu'il aurait su garder une tête de militant et un statut de leader.

Le cœur du leader en devenir s'est arrêté mais l'élan de ses initiatives va irriguer l'avenir car certaines d'entre elles étaient vraiment fécondes.

Adieu météorite de ta vie et comète d'une pensée fédératrice pour tant de gens qui demeurent tristes.

A la Saint-Martial, le dicton rural veut que " l'abeille prend son bien ou son mal ".

Puisses-tu, au nom des forces de l'Esprit avoir la joie de croiser l'auteur de " l'abeille et l'architecte " ( François Mitterrand ) et donner ton pardon à cet hommage imparfait mais profondément sincère.

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