28/08/2012
Maître Plassoux

Maître Plassoux

Hommage à Maître François PLASSOUX :

Encore loin de ses quarante ans, François Plassoux est parti vers l'autre rive. Ses parents et ses amis sont sous le choc même si une longue et très éprouvante maladie avait décidé de l'investir depuis plusieurs années.

Au départ, s'agissant d'un vrai pépin de santé, j'avais été très pessimiste mais au fil des mois et de ses hospitalisations, je me disais que cet homme courageux et aussi vaillant que possible échapperait aux mauvaises statistiques.

Le lendemain de son départ, j'étais encore sous le choc et sincèrement affecté : j'imagine l'immense chagrin de ses parents et je peux témoigner de la peine de ses amis.

En fait, nous avions tous pris l'habitude des petites et moyennes victoires bien méritantes de François face à la maladie et nous escomptions vivement une sorte de grande victoire : une guérison durable, en somme.

Il la méritait et en tant que chrétien, je dois vous confier à voix mi-basse que ce départ me plonge dans un questionnement car je le pose comme injuste.

François Plassoux et moi avons d'abord été des relations de travail. Tout ceci fût une première période marquée par la courtoisie et l'efficacité. Pour parler court, on avait bien fonctionné ensemble sur un dossier au demeurant assez épineux.

Puis, en deuxième période, nos relations sont devenues plus consistantes : en fait de fortes convergences sont apparues et ont scellé un lien.  J'ai hautement apprécié sa rigueur professionnelle mais surtout sa rectitude dans le monde des affaires où les tentations sont aussi fortes qu'omniprésentes.

Etre avocat d'affaires dans un Cabinet réputé suppose d'avoir le dos droit et l'œil à beaucoup de choses.

Forts de nos convergences, nous avons alors eu envie de parler plus intensément. Il fût discret sur sa maladie mais très lucide tandis que je lui confiais avoir aussi à faire, à cette époque, avec un crabe inquiétant.

Les convergences issues de l'univers professionnel nous ont permis de faire prospérer des liens amicaux qui me manquent déjà. Dans une certaine mesure, nous laissions aller nos rêves et ambitions mais symétriquement l'un ou l'autre les ramenaient à juste proportion.

Lorsqu'il rêvait, par exemple, de se mettre à son compte, je venais doucement et délicatement lui rappeler les cactus qu'il aurait à rencontrer sur un tel chemin….. En même temps, moins de dix minutes après, nous en étions à calculer les avantages sociaux à prévoir lors de l'embauche de la troisième dactylo !

Je ne veux pas étirer cet hommage autant que ma peine m'y pousse mais sachez – pour être concis et précis - que notre amitié reposait sur une étonnante maîtrise du temps.

Lors de nos rencontres, nous nous moquions des contingences de l'instant et abordions de vrais sujets de droit ou d'économie comme des thésards qui ont des années de réflexion devant eux.

Parallèlement, il me livrait sporadiquement ces doutes sur l'immédiat lendemain et nous avions alors la force de trouver sur le champ des raisons d'espérer : la moisson de nos idées éloignait l'idée de la grande faucheuse. Je vous le promets.

J'espère, à mes place et rôle, avoir pu lui être d'un bon et valable réconfort.

Sa présence manquera à nombre d'entre nous car intelligence, tact et " british style " forment un assemblage rare et donc précieux.

Je pense à la douleur de tous ceux qui avaient de l'affection pour lui.

Je repense aussi à ses idées claires sur un éventuel mariage ou sur des vacances lointaines, loin de l'hôpital donc.

Pour le reste, en longeant les arbres du Boulevard Malesherbes ( que nous aimions arpenter pendant nos conversations ), je suis sûr que le bruit du vent dans les feuilles m'aidera à penser à lui sans être trop triste et à l'imaginer " ailleurs et autrement ".

Puisse le Paraclet venir en aide face aux détresses respectives des personnes qui l'ont apprécié.

Il était un ténor du barreau en herbe. Il montait vite les échelons de sa profession. L'échelle de la vie s'est dérobée sous lui : oui, décidément je ne peux l'accepter.

Il n'avait pas quarante ans et aurait pu être le jeune frère que je n'ai pas eu : c'eût été un plaisir et un honneur à la lumière de sa palette de qualités humaines.

Je veux croire qu'il discute de droit et d'autres choses avec son confrère Olivier Debouzy parti lui aussi trop tôt et qui fût un camarade de promotion à l'E.N.A. Si tel est le cas, deux brillants esprits comme eux auront fait tendre l'oreille à un de nos maîtres : le Doyen Georges Vedel.

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